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Au-delà de la sirène et des gyrophares : l’esprit communautaire

William tim medavie

Un coucher de soleil mémorable

Au volant de son ambulance, William Muirhead, travailleur paramédical, suit d’une oreille la conversation du couple de personnes âgées qu’il transporte. Les amoureux se remémorent les promenades qu’ils avaient l’habitude de faire en soirée pour aller admirer le coucher de soleil sur une plage de leur quartier. Le mari est en phase terminale et vient tout juste d’obtenir son congé de l’hôpital pour passer ses derniers instants à la maison avec sa femme. Peu avant leur arrivée à destination, William s’arrête, se stationne sur la plage où le couple a passé de nombreuses heures à la lueur du crépuscule, et pousse la civière sur le sable jusqu’à l’endroit où ils aimaient s’asseoir. La femme se penche au chevet de son mari, et ils regardent ensemble le coucher de soleil pour une dernière fois, main dans la main. Plus tard, les proches du patient ont remercié William et lui ont dit que le mari s’était éteint paisiblement le lendemain.

William nous a raconté cette anecdote devant le poste d’ambulance d’Opérations d’EHS à New Glasgow, en attendant d’être déployé pour son prochain appel par le Centre de communications médicales d’EHS, le premier point de contact pour les gens de la Nouvelle-Écosse en cas de besoin.

Parmi les appels auxquels William a répondu pendant ses 44 ans de carrière en soins paramédicaux, certains l’ont fait sourire, mais d’autres lui ont laissé des séquelles psychologiques. Son visage s’est assombri lorsqu’il a évoqué l’incident qui l’a mené à la mine Westray, à Plymouth, où une explosion de méthane a tué 26 mineurs qui travaillaient sous terre.

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De gauche à droite : William Muirhead, technicien en transfert de patients, et Tim Colburn, superviseur des opérations, Opérations d’EHS.

Des bancs d’école à l’avant-scène

Rien n’aurait pu préparer William à une telle situation au début de sa carrière en soins paramédicaux. Adepte de la série télévisée d’action et d’aventure Emergency!, diffusée dans les années 1970, William divisait son temps entre l’école secondaire et le salon funéraire et service ambulancier C.L. Curry quand cet incident est survenu.

Nous avons demandé à William, qui est maintenant travailleur paramédical et technicien en transfert de patients, ce qu’il ferait différemment s’il pouvait revenir en arrière : « Je ne changerais absolument rien. Cette profession, on l’a vraiment dans le sang. » Quel que soit le chapeau qu’il porte, il continue de redonner à sa collectivité et à ses patients et patientes en leur offrant des soins de grande qualité, empreints de compassion.

Quand il faisait ses premiers pas dans le domaine, beaucoup de salons funéraires de la Nouvelle-Écosse offraient aussi des services ambulanciers. Les véhicules, comme le personnel, menaient une double vie : pour transformer un corbillard en ambulance, il suffisait d’enlever les rouleaux sur lesquels on déposait le cercueil, de glisser une civière à l’arrière du corbillard, et de poser un gyrophare portatif sur le toit. Grâce à cette conversion simple, les corbillards pouvaient servir à tous les types d’appels, qu’il s’agisse d’un accident ou d’une autopsie.

Fusion des activités

Mais la situation a changé à la fin des années 1990, lorsque 52 fournisseurs de services ambulanciers distincts ont fusionné pour former un seul système coordonné de prestation de soins de santé desservant toute la province – un modèle intégré de services médicaux d’urgence (SMU) que le Nouveau-Brunswick et l’Île-du-Prince-Édouard ont ultérieurement adopté. Aujourd’hui, pour protéger la santé et la sécurité des Néo-Écossais et Néo-Écossaises, le système d’intervention d’urgence de la Nouvelle-Écosse dispose d’un parc d’ambulances terrestres, d’hélicoptères et d’aéronefs à voilure fixe, ainsi que d’une équipe paramédicale et infirmière comptant plus de 1 100 membres autorisés à l’échelle de la province.

Quand nous avons demandé à Tim Colburn, superviseur de William, s’il y avait une chose qu’il aimerait que le public sache à propos des travailleuses et travailleurs paramédicaux, voici ce qu’il a répondu : « Ces gens font preuve d’un dévouement sans bornes envers la population de la Nouvelle-Écosse. C’est l’un des aspects les plus sous-estimés de ce métier, selon moi. »

Le parcours professionnel de Tim est semblable à celui de William. Quand Tim n’avait pas le nez dans ses livres pendant ses études secondaires, il fabriquait des double-cercueils en bois, cirait le corbillard et participait parfois à des interventions, pour lesquelles il obtenait 20 $ pour un itinéraire local et 30 $ pour un aller-retour à Halifax.

Une vie de sacrifices
 

Maintenant âgé de 53 ans, Tim est travailleur paramédical depuis 33 ans. « J’ai manqué beaucoup de congés, de fêtes de Noël et d’autres moments en famille et entre amis pour mon emploi. Ce n’est vraiment pas un 9 à 5 ordinaire. »

Alors, pourquoi a-t-il décidé d’exercer cette profession? « J’ai choisi de travailler dans ce domaine pour protéger la collectivité dans laquelle je vis. »

Tim a renoncé à certaines possibilités d’avancement pour pouvoir rester à Tatamagouche, qu’il appelle affectueusement « Tata ». C’est dans ce village qu’il est né, qu’il a grandi et qu’il a rencontré sa femme – une infirmière auxiliaire autorisée. « Toute ma vie est ici. »

Tim a deux tatouages sur les avant-bras. Le premier représente la fréquence cardiaque de sa fille, qui est née prématurée de trois mois et pesait 2,5 livres à la naissance. « Je pouvais la tenir dans une main », se rappelle-t-il. Le deuxième tatouage illustre un chevreuil avec un panache de 10 pointes, souvenir d’une excursion de chasse à l’arc. C’est l’une des activités, avec la pêche, les promenades dans son véhicule côte à côte et le camping, qui l’aident à gérer le stress intense qu’il vit au travail.

Comme beaucoup de ses collègues, Tim donne beaucoup de son temps à sa collectivité, tant dans son travail que dans sa vie personnelle. Et sa générosité ne passe pas inaperçue. En reconnaissance de ses activités bénévoles en tant que pompier volontaire, dameur de piste de motoneige et chauffeur d’autobus scolaire remplaçant, il a reçu la Médaille pour services distingués de la Nouvelle-Écosse

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Tim, superviseur des opérations, opérations EHS

Un vaste territoire

À titre de superviseur pour la région du nord des Opérations d’EHS, une zone vaste et principalement rurale qui s’étend de Amherst à Enfield et dont la superficie est supérieure à celle de la province entière de l’Île-du-Prince-Édouard, Tim est d’abord responsable de garder les ambulances sur la route et de participer aux interventions d’urgence, particulièrement dans les situations où le temps presse.

En raison de l’immensité de la région, Tim divise son temps entre ses différents postes d’ambulance et hôpitaux pour maintenir le contact avec son équipe. Qu’il se trouve à son bureau de Truro ou sur la route, il garde toujours un œil sur l’écran de son ordinateur pour connaître en tout temps la position des ambulances et éviter qu’elles restent au même endroit plus longtemps que nécessaire.

Tout est possible

C’est lundi matin, et l’équipe de Tim répond à des appels variés : crises cardiaques, AVC, chutes… bref, rien qui sort de l’ordinaire. Mais comme les travailleuses et travailleurs paramédicaux le savent très bien, il n’y a pas une journée ou une nuit pareille dans le monde des interventions médicales d’urgence. Tout est possible.

Alors que Tim est sur la route, il entend à la radio qu’un accident a eu lieu sur un chantier : le vérin qui soutenait un véhicule a glissé et un travailleur pourrait être coincé sous le véhicule. En consultant son ordinateur, Tim réalise qu’il est le plus près de la scène et qu’il devra peut-être intervenir. Il écoute attentivement le répartiteur. Après quelques minutes tendues, il apprend que le travailleur s’est relevé et est sain et sauf.

Tim poursuit son chemin jusqu’à son prochain arrêt : l’hôpital régional Colchester, où certains de ses travailleurs paramédicaux s’occupent des patients qu’ils ont transportés en ambulance. Avant de pouvoir passer au prochain appel, ils doivent attendre de savoir quand un médecin pourra voir leur patient ou si un lit est libre à cet hôpital ou ailleurs. Cette attente, qu’on appelle « retard de déchargement », peut durer plusieurs heures, voire un quart de travail complet.

 

Libérer les membres de son équipe
 

Dans ces cas, Tim consulte habituellement l’infirmière responsable ou le médecin de service afin d’accélérer le transfert des patients et de libérer son personnel pour d’autres appels d’urgence.

Plus tôt dans la journée, Tim s’est présenté à l’hôpital Aberdeen, à New Glasgow, pour rendre visite à ses travailleurs paramédicaux. Nous avons notamment eu l’occasion de parler à Nick Rockey, qui s’était réorienté lorsque son emploi de charpentier à Marine Atlantic avait pris fin en même temps que l’achèvement du pont de la Confédération. Nick est maintenant au volant de l’ambulance, mais il s’est déjà retrouvé sur la civière.

En nous indiquant sa collègue Anne Cummings, travailleuse paramédicale, il nous raconte qu’elle est l’une des personnes qui lui ont sauvé la vie lorsqu’il a souffert d’une crise cardiaque en 2017. Depuis cet incident, il ressent plus d’empathie pour ses patients : « C’est quand on est couché sur la civière qu’on réalise à quel point c’est terrifiant. »

Pendant qu’elle nettoie et réapprovisionne son ambulance, Anne nous dit que sa décision de devenir travailleuse paramédicale après son divorce a vraiment changé sa vie.
 

Anne Cummings readies for her next call, Aberdeen Hospital

« Je voulais faire quelque chose d’utile et de positif. J’ai choisi cette profession non pas parce que je carbure à l’adrénaline, mais tout simplement parce que j’aime aider les gens. »

Selon Tim, la qualité qu’il faut absolument avoir pour faire ce genre de travail, c’est un véritable désir de prendre soin des patients et de les réconforter. « Il faut sincèrement se soucier du bien-être des gens. »

William a parfaitement exprimé ce sentiment quand il nous a raconté l’anecdote du dernier coucher de soleil de son patient et nous a parlé du sens que ses 44 ans de carrière ont donné à sa vie.

« Ce n’est pas ce que je suis. C’est qui je suis. »

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Anne Cummings se prépare pour son prochain appel, à l'hôpital d'Aberdeen
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